Histoire régionale
UN RETOUR AUX SOURCES
Jean BOULBET

Tenter ce retour aux sources historiques demande d’abord un effort : voir Phuket et la région environnantes (Phang Nga, Krabi) comme une partie littorale de l’Océan Indien dont la mer Andaman représente une bordure orientale. Il faut ne plus penser aux commodités actuelles de transport par voies terrestres ou aériennes qui relient si bien cette région au reste de la Thaïlande. Alors, apparaît comme une évidence la coupure entre les pays riverains du thalé (mer) Andaman et ceux qui bordent le golfe du Siam (ou de Thaïlande) qui constituent, eux, le véritable cordon ombilical, le couloir de rattachement, par terre et par mer aux centres vitaux du Royaume.

Côté Océan Indien, le paysage ancien se présentait bien différent. Il n’y avait pas de véritable frontière entre les pays qui vont devenir, dans une histoire récente, Birmanie, Indes (les archipels Andaman et Nicobar sont nationalement indiens), Indonésie (par Sumatra), Malaisie et Siam. Vers l’intérieur des terres, la grande forêt dense recouvrait tout de son épaisseur végétale inhabitée, sinon par quelques groupes de Sakai, rares et très disséminés. Du côté de la haute mer, des eaux sans limites, revendiquées par tous les riverains mais contrôlées par personne, offraient à la piraterie un espace incertain et donc particulièrement propice. Seuls, les « Gens de la Mer », Orang Laut ou Moken menaient leur vie d’après leurs rythmes ancestraux et dans leur circuit intime.

Sur le littoral même, d’étroites plaines alluviales, quelques estuaires enfoncés dans l’intérieur des terres ont fourni l’espace agricole conditionnant les premières installations durables, puis la base de petites principautés, modestes et sans continuité territoriales. Il s’agissait surtout d’avancées de communautés plus anciennes, malaises par la mer et le sud, thaïs, môns, infilrées de malais, par l’est.

Pourtant, avant cette occupation historique, avant et aux tous premiers débuts des ères bouddhique, puis chrétienne, des hommes Homo-sapiens, étaient présents aux époques pré- et proto-historiques. Ils ont laissé des témoignages de leurs activités économiques (outils) et esthétiques, plus vraisemblablement de leurs croyances magico-religieuses. Certains de ces objets, quelques unes de ces représentations ont été retrouvés depuis Takua Pa (Phang Nga) jusqu’à Khlong Thom (Krabi). En particulier dans les baies de Phang Nga, Ao Lek et Krabi, les formations calcaires au relief étonnant, taraudé, compliqué de galeries surplombées ont offert des sites propices aux peintres des phap khien boran, des « roches peintes » qui, ajoutées aux « trésors » (bijoux, ornements), aux objets de pierre et à quelques ossements permettent de reconstituer une première histoire régionale.

Ces signes qui ont bravé le temps ont en eux même une charge magique encore renforcée par le côté ésotérique des dessins tout aussi symboliques que vraiment représentatifs. Capter leur énergie infuse devient alors tentant et c’est ainsi que l’on peut affadir ou rayer par frottage ces documents irremplaçables. S’assurer un bon numéro au prochain tirage de la loterie est parfois plus motivant que d’assurer la pérennité des premières manifestations artistiques de l’Homme, des balbutiements de l’Histoire.

* Jean Boulbet : ethnologue et ex-consul-honoraire de France à Phuket..


Sonkran, fête du nouvel an thaï, à Phuket
L’ARROSEUR ARROSE !
Par Karol LORY
 

Pour la première fois, j’ai non seulement assisté à Songkran, mais aussi participé activement à cette fête du nouvel an thaïlandais, le lundi 12 avril dernier. Dès le matin, les sourires réjouis tout au long de la route me menant à Phuket ville me laissaient présager les réjouissances du jour. Chacun avait préparé qui les jarres d’eau, qui les tuyaux d’arrosage, les pistolets à eau et autres matériels indispensables.

Les automobilistes et motocyclistes, bons joueurs, ralentissaient devant chaque groupe, recevant une casserole d’eau porte-bonheur. La matinée commençait doucement. En avançant vers la ville, hissée à l’arrière d’un pick-up, je goûtai aux joies de seaux hardiment jetés, ponctués par des "bonne année" (savadi pi may), des "bonne chance" (tchok di). La circulation étant particulièrement ralentie, je fus également aspergée de talc parfumé, de pâte rose ou jaune tartinée sur mes joues et mes bras. 1 heure plus tard, j’étais trempée sur Chaofa Road, acceptant volontiers mon allure de chien mouillé. Des amis européens et thaïs rencontrés par hasard ayant loué pour la circonstance une jeep ouverte, m’invitèrent à me joindre à eux. Me voilà donc armée à mon tour de bassines d’eau : quel plaisir de rendre enfin les souhaits pour la nouvelle année à grands renforts de gamelles bien visées !

Le centre ville était en effervescence, même les policiers des carrefours avaient perdu de leur prestance dans leur uniforme détrempé, leur portable soigneusement enveloppé dans du plastique. Les cris fusaient, particulièrement lorsque l’eau était glacée, en alternance avec les jets puissants des camions citernes.

Seules les pauses obligatoires pour remplir nos bidons chez des commerçants bienveillants nous ont permis de nous essorer un peu et de nous restaurer. La route pour rejoindre Patong, via Kathu fut interminable, éreintante, le plus dur étant de ne pas claquer des dents ! Quelques heures plus tard, j’appréhendai chaque seau d’eau, redoutant les glaçons.

Le soï Bangla de Patong avait des allures de carnaval : vêtements, figures maculés de rouge et de blanc. La double file improvisée nous permettait des arrosages réciproques d’un véhicule à un autre, devant l’air abasourdi des quelques touristes qui s’étaient aventurés dans la rue. Car il faut bien l’avouer, en 6 heures de turpitudes aquatiques, je n’ai que bien peu vu d’occidentaux dans les pick-up et sur les trottoirs, sauf peut-être à Patong. Pourtant, mon amie française et moi-même, debout à l’arrière de la jeep, avons été ravies de la gentillesse des gens, aucune agressivité n’a été ressentie en ce jour de fête. Nous sommes tous rentrés fourbus, lessivés mais heureux d’avoir fêté dignement ce jour de l’an.


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