UNE TECHNIQUE ANCESTRALE : L’AGROFORESTERIE
Jean BOULBET

Après une saison sèche, sévère, la plus longue dans les annales pluviométriques de Phuket, l’année 1998 se rattrape et la pluie met les bouchées doubles pour que l’île ait sa ration d’eau habituelle : entre 2000 et 2800 mm avec une moyenne annuelle de 2600mm pour la station de l’aéroport et la partie nord-ouest (au nord de Thalang), 2350 mm pour la station de la ville. Au sud, Chalong et surtout Rawai sont moins arrosés alors que Kamala et Patong reçoivent de plein fouet les flux de mousson humide. Ces 2 baies enfoncées dans les collines doivent se situer dans les chiffres de l’aéroport. Des pluies de convections se déversent sur le massif densément boisé de Phra Thaew (Thalang) qui les attire. Ce sont des averses bienvenues car placées avant et après le gros de la saison pluvieuse.

Si Pra Thaew doit, en partie, la puissance de ses étages dominants et l’exubérance de son sous-bois à cette abondance des pluies, en retour le massif attire les nuages, fixe le sol qui le nourrit et emmagasine des eaux permanentes qui vivifient une grande partie des bas pays du nord de Phuket. Ailleurs, la grande forêt dense subsiste par îlots reliquaires entourés de surfaces exploitées par l’agroforesterie. Comme son nom l’indique, l’agroforesterie mêle l’agriculture à la forêt. Soit en remplaçant le sous-bois par des cultures qui resteront ombragées sous la futaie restante ; soit en éclaircissant largement cette futaie afin d’y introduire des arbres cultivés. Dans le premier cas, sous de grands arbres épargnés, le sol dégagé est aménagé en une sorte de jardins ni biné, ni nivellé, en une sorte d’état brut où se mêlent des plantes vivaces et surtout des épices : piment, citronnelle, herbes odorandes, Zingibéracées variées (Curcuma, gingembres divers) sésames... Quelques arbustes sont souvent introduits : Citrus à feuilles odorantes et tronc épineux (pour soupes), ou à fruit très acide (Citrus aurantifolia pour assaisonnement et boissons), des bananiers, papayers... Dans le deuxième cas, la futaie elle-même a été partiellement abattue selon une sélection qui épargne les arbres choisis pour leurs formes, la hauteur de leur fût, la puissance de leur souche, enfin autant pour leur aspect spectaculaire que pour leur utilité éventuelle. On remplace alors les troncs manquants par des plantations d’arbres fruitiers de haut port qui, une fois adultes, atteindront le niveau moyen de la forêt dense avoisinante. Ce sont surtout des Parkia (sato), des durians dont la variété locale est très prisée, des Artocarpus champada (champada), toutes espèces typiques de la Péninsule malaise.

Il s’agit donc d’une cohabitation entre l’homme et la forêt, d’une technique agricole qui n’élimine pas totalement le couvert forestier comme celà se pratique en bien d’autres régions tropicales. En évitant le déboisement radical, l’agroforesterie maintient le sol en son état premier, empêche l’érosion massive et conserve l’humidité dans le flanc des collines pour la restituer peu à peu au creux des vallons où elle se concentre en des ruisseaux qu’une technique de défrichement intégral assècherait de janvier à mai, alors qu’ils coulent ici en permanence.

Pour profiter pleinement de l’humus forestier et d’un ombrage partiellement conservé tout en s’accrochant sur des pentes assez fortes et parsemées de blocs rocheux, les espèces plantées doivent être régionalement adaptés et bénéficier de cette ambiance confinée se rapprochant du climat équatorial dont je vous parlais au début de l’article : longue saison des pluies (8 mois + 2 mois à ½ pluvieux) avec de 170 à 180 jours de pluie par an ; températures moyennes sans grands écarts (de 22° min. à 32° Max.). Par comparaison, les Provinces du N. et du N.-E. de la Thaïlande affichent avec 4 à 6 mois de saison sèche, des températures moyennes, aux basses altitudes, de 15° à 35°, soit un écart double et évidemment plus encore si l’on compare les températures extrêmes.

Grâce à cette combinaison des effets climatiques et des techniques culturales d’agro-foresterie qui ont laissé un peu partout des reliques forestières sur les points forts du paysage, (crêtes, vallons, défilés rocheux, sources). Phuket reste vert en toutes saisons. Si la forêt approche rarement le bord des routes, elle reste cependant partout présente sur les reliefs. Disloquée, hétérogène mais suffisamment vivante pour former la toile de fond de la plupart des promenades dans notre «belle province ».

Si Phuket a échappé à un déboisement total, c’est donc, en partie, grâce à une technique originale et ancestrale maintenue jusqu’à nos jours. La réussite de l’agroforesterie c’est, en définitive, sa clandestinité puisque l’on peut l’ignorer parfaitement tant elle « fait partie du paysage ». Elle a cassé, mais pas tout, elle a perturbé, mais pas trop. Si vous ne reconnaissez pas les espèces plantées d’entre les espèces forestières, essayez de repérer les surfaces vouées à l’agroforesterie par ses boules de feuillages plus hautes et plus larges que celles des hévéas, dominées, de place en place, par un arbre géant ou un bosquet aux houppiers confondus en un jaillissement de hautes frondaisons, ... ultimes mais impressionnant témoignage de la forêt des premiers temps.

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Forêt dense peu pertubée
Forêt dense perturbée et agroforesterie
Mangrove
Aires habitées, vergers, plantations,
infrastructures...

  1. Phuket-ville
  2. Kathu
  3. Thalang
  4. Aéroport
  5. Rond-point des Héroïnes
  6. Patong
  7. Karon
  8. Kata
  9. Rawai
  10. Ao Makham (port)
  11. Chalong
  12. Pont Sarasin

Les traditions du MARIAGE THAILANDAIS
Extrait de "Phuket, a cultural handbook" par Kanokrat Thongtan,
Phuket community College, mars 1989, traduit par C. Savana.

La phase d’approche

A Phuket, le mariage est un mélange entre les coutumes thaïlandaises et chinoises.

Dans le passé, quand un garçon était en âge de se marier, ses parents se chargeaient de lui trouver sa promise. La fille idéale ne devait pas être seulement belle, mais aussi être bien comme il faut, et entre autre une parfaite maîtresse de maison.

L’entremetteuse était souvent une personne âgée et respectable, connaissant les 2 familles. Elle était envoyée par la famille du garçon chez la fille à marier. Il est à noter que c’était toujours la famille du futur époux qui venait chez la famille de la future épouse, et jamais l’inverse.

L’entremetteuse se présentait avec un cadeau de la part de la famille du prétendant et apportait aussi des informations sur celui-ci : ses origines, sa profession, son âge, son horoscope etc. La famille de la fille pouvait vérifier ces informations auprès de la famille, des amis, et s’assurer que le futur gendre était bien célibataire, bien comme il faut et avait une profession stable. Puis, les parents de la fille pouvait consulter un médium pour voir si les horoscopes des futurs époux étaient compatibles.

De nos jours, les jeunes trouvent eux-même leurs partenaires. Cependant, dès qu’une décision de mariage est prise, un médium est immédiatement consulté. Il déterminera l’horoscope des futurs mariés, la date propice à leurs fiançailles et à leur mariage.

Les fiançailles

Le jour des fiançailles, les parents font appel à une personne âgée ou à quelqu’un de connu et respecté pour les représenter ou, de nos jours, pour les accompagner jusqu’à la maison de la future mariée. Ceci, afin d’officialiser la demande en mariage. La demande est faite aux parents.

La famille du marié apporte avec elle la dot comportant une bague de fiançailles, en or ou en diamant, placée dans un plateau décoré de noix de bétel, de feuilles de bétel, de grains de riz, de grains de haricots, de grains de sésame, de fleurs aux noms évocateurs des meilleurs auspices.

  • Les noix et les feuilles de bétel sont des symboles de respect.

  • Les grains de riz, les haricots, les sésames représentent l’abondance.

  • Les fleurs et les feuilles symbolisent, selon la traduction littérale de leur nom :

  • l’or (baï thong = la feuille d’or)

  • l’argent (baï gneun = la feuille d’argent)

  • l’amour (dork rak = la fleur d’amour)

  • l’éternité (dork ban may rou roy = La fleur éternellement épanouïe)

  • l’étoile étincelante (dork dao reuang = les oeillets d’Inde dont la traduction littérale est « fleur-étoile-étincelante »)

Durant la cérémonie des fiançailles, seuls des mots révélant les meilleurs auspices sont prononcés. Un exemple très simple du discours est :

Aujourd’hui est un jour du meilleur auspice, je suis venu pour une affaire digne de ce nom, pour demander la main de mademoiselle…………. Fille de M. et Mme ……, pour être fiancée à monsieur ………., fils de M. et Mme ………, et réunir les deux familles afin de former une seule et unique pièce d’or. (En Thaïlande, l’or est à l’évidence un matériel de très grande valeur, la fin indique que l’or que possèdent les deux familles sera mis ensemble, ainsi, la quantité d’or possédée par les deux familles augmente à travers le mariage).

Puis, la dot est remise entre les mains des représentants de la famille de la fiancée et inspectée officiellement par les membres de la famille de la fille. Dans le passé, les accords se faisaient entre les parents des deux futurs époux. Aujourd’hui, le garçon se présente chez sa promise avec ses parents, la fille est appelée pour qu’on lui annonce ses fiançailles. La bague de fiançaille se passe à l’annulaire de la main gauche.

Le mariage

De nos jours, afin de simplifier les choses, les fiançailles et le mariage ont lieu le même jour.

Le mariage débute par un rite religieux pendant lequel les moines bénissent les mariés, en échange, les futurs époux leur font des offrandes sous forme d’aliments et de produits dont ils ont besoin. Ensuite, les époux présentent leurs respects aux parents et à la famille. Dans un mariage thaïlandais, les mariés offrent des fleurs, des bougies et des batons d’encens. Dans un mariage chinois, ils offrent plutôt une tasse de thé. Dans les mariages thaïlandais, habituellement, les parents et la famille bénissent les époux en arrosant d’eau bénite la paume de leurs mains, jointes en prière.

Les sucreries symboliques dans un mariage

Lors des cérémonies, les invités apportent toujours des sucreries qui ont une signification symbolique. Parmi les plus importants notons le Kalamae : bonbon très gluant, à base de farine de riz, de sucre et de lait de coco, mélangés et chauffés à feu doux jusqu’à l’obtention d’une pâte très collante. Puis versé sur un plateau et coupé en petits morceaux lorsque c’est froid. Ce genre de sucrerie nécessite l’aide de plusieurs personnes, surtout d’hommes forts. Cette texture extrêmement collante du kalamae est l’emblème d’une relation éternelle entre les futurs époux, et le coté sucré présage un mariage heureux et doux. Pour éviter les divorces, on en parle au cours du mariage en rappelant aux époux la difficulté et le nombre de personnes impliquées dans la fabrication de ce sucré et gluant kalamae pour leur mariage.


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