Editorial
 

Toute personne ayant l’occasion de revenir visiter Phuket pourra constater que l’île est un territoire en pleine expansion. Bien que de petite surface, son paysage se métamorphose à vu d’oeil. Elle brasse de nombreuses communautés tant sur le plan ethnique, linguistique, religieux que culturel...

Le mois d’avril, est marqué par Songkran, fête du nouvel an thaïlandais (du 13 au 15 avril), mais aussi par Pâques (13 avril) pour les catholiques. La première est une très importante fête nationale. Elle est célébrée dans la joie et la ferveur. C’est l’occasion, pour les thaïlandais, de renforcer les valeurs nationale et familiale. La seconde, bien que moins frappant, n’est pas pour autant oubliée, car des messes de Pâques sont également organisées dans les hôtels pour les expatriés et leurs enfants, en anglais, et dans les églises en thaïlandais.

Phuket est comme le microcosme du monde. Cette petite île sur laquelle nous vivons rassemble harmonieusement les personnes de tous horizons. Parce que Phuket et ses environs offrent un paysage diversifié, le tourisme s’est rapidement développé. Des activités variées ont été organisées. L’affluence des touristes, résidents et semi-résidents étrangers a entraîné un développement à l’occidental dans de nombreux domaines, avec des écoles, aéroports, hôpitaux … internationaux.

Parallèlement, le gouvernement tente de préserver Phuket contre le tourisme sauvage, l’Etat limite des constructions à grande échelle, et travaille en étroite collaboration avec des organismes environnementaux afin de préserver l’île de la pollution et d’éduquer ses habitants à protéger ce qui les entourent. Phuket se développe, il est vrai, mais sous des regards vigilents.

L’éditrice


 

CONTACTS SANS CHOC. PATONG-ARRIERE PLAGE
Par Jean BOULBET*

 

Cinq villages forment la commune, maintenant Municipalité autonome de Patong. Par ordre, le « Tertre des tamariniers », « le Village des Môns », celui des « Eaux vives », puis de « la Rizière intérieure » et enfin, en retournant au littoral, de la « Crique de Kalim ». Tout cela vivait déjà au dessus du niveau moyen paysan (en Thaïlande) avant le tourisme. Depuis, ce niveau a largement augmenté car les villageois ont su « prendre le train en marche ». Mais ils ont su aussi, et celà se sait moins, le voir venir, lui préparer la voie.

Tout au début des années 80, j’ai vu chasser, et avec des dégâts, les dragues venues extraire l’étain éventuel, dans la baie même de Patong, les installations commençant depuis la plage même. Les dragues ont dû repartir sans avoir commencé leur travail destructeur. D’eux-même, et avant les courants dits « environnementalistes » venus plus tard de Bangkok et autres capitales, les villageois se sont mobilisés. Des heurts ont eu lieu, provoquant la venue sur place du Premier ministre de l’époque. Je me souviens de cette manifestation où, en avance sur leur époque, les villageois défilaient derrière des banderoles naïvement peintes représentant de gros engins bouleversant le littoral, déterrant même les morts… Enfin, la cause des villageois a été entendue et le domaine communal maintenu.

En venant du centre provincial de la ville de Phuket, on rencontre d’abord, en arrivant à Patong et juste au bas du relief raide, la pagode bouddhique de la «Montagne fortunée». Puis dans le village même, deux mosquées marquant la présence de l’Islam. L’arrivée au littoral même est sanctifiée par un autel dédié à Brahma. Devant l’Océan Indien (dont la mer Andaman est une partie orientale), cet autel témoigne de l’héritage marin, culturel, religieux, apporté depuis le grand pays d’en face, vers le couchant.

Ajoutons une bibliothèque pour l’aspect culturel et aussi, les fêtes épisodiques dédiées aux génies de la mer, des eaux, des monts… et j’en passe.

En longeant la mer, juste en arrière-plage, cohabitent, en trois aires jointives, le cimetière musulman, le crématorium bouddhique et des édifices d’incinération, puis, devant, le terrain de sports de la commune. Après les derniers rites religieux des derniers moments, l’espace est libre où la jeunesse exerce ses muscles, exalte sa sève, sa vie… Un tel voisinage est impossible, impensable en bien d’autres pays et de tous continents.

Si l’on ajoute, juste de l’autre côté de la route, vers la plage contiguë, le contact des nationalités, des cultures et des modes, comment ne pas apprécier alors cet exemple d’une tolérance trop insuffisamment pratiquée ailleurs de par le monde ! Et il s’agit ici d’une tolérance pouvant passer inaperçue tant elle est vécue au quotidien avec la terre ou les cendres pour les morts, l’espace des vivants de tous âges et sexes, de divers horizons proches ou lointains.

Il y a des choses édifiantes en cette arrière-plage de Patong entre les petits étages de calamar grillé et le restaurant « hambourger » sous ses palmiers à sucre impassibles, figés dans leur roue décorative.

* Ethnologue, ex-consul honoraire de France à Phuket

 
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SONGKRAN, fête du nouvel an
 
 

C’est une fête nationale très importante dans la religion bouddhique durant  laquelle les statues du Bouddha sont « baignées », les moines et les personnes âgées reçoivent l’hommage des jeunes par des aspersions d’eau sur les mains. La joie et la bonne humeur se manifestent dans les rues de toutes les provinces, surtout à Chiang Mai, dans le nord, où l’on jette de l’eau sur tout ce qui bouge.

Le Songkran est fêté du 13 au 15 avril. Le 13 avril est le jour le plus important : des cérémonies sont organisées pour témoigner du respect envers la religion et les personnes âgées. Le 14 avril est celui où l’on s’amuse et le 15 avril, c’est le Nouvel An.

Songkran fait partie d’un des récits que le roi Rama V a écrit sur les cérémonies qui ont lieu durant les douze mois de l’année, en Thaïlande. Ce récit, imprimé et illustré sur une pierre, est gardé à Wat Phra Chétupon, à Bangkok.

Il raconte l’histoire d’un millionnaire qui n’a pas eu la chance d’avoir d’enfant. Il a pour voisin un grand buveur, fier d’avoir mis au monde deux enfants beaux comme des dieux. Un jour, le buveur se vante au millionnaire qu’il est meilleur que ce dernier car il a des enfants. Si le millionnaire meurt, il n’a personne pour prendre la relève et tout son trésor ne servirait à rien.

A ces mots, le millionnaire a honte de lui-même. Il fait tout pour tenter d’avoir un enfant : il se met à implorer le Soleil et le Lune en leur faisant des sacrifices, pendant trois ans sans succès.

Durant la fête de Songkran, il organise une procession jusqu’à un grand arbre où vivent des oiseaux. Il y dépose du riz qu’il a lavé sept fois avant de cuire pour vénérer l’arbre. Il y joue de la harpe. L’arbre prend pitié de lui et va interpeller un ange qui va permettre au couple d’avoir un enfant prodigieux, nommé Thammaban. Dès l’âge de 7 ans, l’enfant a le pouvoir de donner des bonnes prédictions aux gens. A cette période, on vénére Tao Maha Phrom et Kabin Phrom. Quand Tao Kabin Phrom apprend le talent de Thammaban, il descend sur terre pour poser trois questions et promet de couper la tête à celui qui ne saurait pas y répondre.

La cible principale est bien sûr Thammaban. Celui-ci demande un délai de sept jours. Cinq jours passent, sans qu’il puisse trouver la solution. Convaincu qu’il va mourir, il prend la fuite et va se réfugier au creux de deux cocotiers habités par un couple d’aigles. Vers le soir, la femme de l’aigle demande à son mari ce qu’ils vont manger demain. Le mari répond qu’ils vont manger Thammaban qui sera décapité. La femme lui demande alors quelles sont ces questions qui paraissent si difficiles ? Sans savoir que Thammaban les écoute, le mari lui énonce les questions et les réponses :

  1. Quelle est la partie de l’homme la plus rayonnante le matin ?
    C’est le visage, car il se lave le visage au réveil.

  2. Quelle est la partie de l’homme la plus rayonnante le midi ?
    C’est la poitrine, car il s’asperge la poitrine d’eau parfumée le midi.

  3. Quelle est la partie de l’homme la plus rayonnante le soir ?
    Ce sont les pieds, car il se lave les pieds avant le coucher.

Après avoir entendu cette conversation, Thammaban retourne immédiatement au château pour donner les réponses aux trois questions. Tao Maha Prom reconnaît son propre échec et ordonne qu’on lui coupe sa propre tête. Mais si l’on pose sa tête sur la terre, un incendie se propage, si l’on la met dans l’eau, les océans se tarissent, si on la jette, la sècheresse règne.

Avant sa mort, il appelle ses sept filles pour leur demande de prendre soin de sa tête. Il leur recommande de monter la garde chacune leur tour. Tao Kabin Phrom est chargé de le décapiter. La tête de Tao Maha Prom est remise à l’aînée qui organise aussitôt une procession avec des anges autour de la montagne « Pra Sumen » pendant 60 minutes, après quoi elle pose la tête dans la cave Kan Tuli Krila et la vénère. Depuis ce jour, chaque année, les filles de Tao Maha Phrom font des processions autour de la montagne « Pra Sumen » avec la tête de leur père et l’emmène au monde des anges.

Comment se traduit l’importance du Songkran ?

  1. Du 13 au 15 avril ce sont des jours fériés.

  2. C’est la période où l’on offre de la nourriture aux bonzes, et où l’on pratique le culte des morts.

  3. On présente la fidélité aux ancêtres, les jeunes aspergent les parents, les personnes âgées pour leur témoigner leur  respect.

  4. Les cousins se réunissent, c’est une fête familiale.

  5. C’est l’occasion de maintenir la culture et les traditions thaïes.

  6. La population en profite aussi pour faire des cérémonies dans les temples.

Extrait et traduit des livres « Saranukrom Thai » n° 21 de Uthai Sintusan et « Festivals et fêtes thaïs » de Thanakit.


 

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