VERS UN MONDIALISME RESPECTUEUX ?
Par Lorenzo GRASSI
 
Les mois se suivent et ne se ressemblent en rien sur le front de l’économie mondiale. En effet après les discours rassurant les premiers jours suivants le crach boursier asiatique et les messages inquiétants des derniers mois, il était difficile il y a encore peu de pouvoir établir des certitudes quant aux conséquences de la situation asiatique sur les marchés mondiaux.

Cependant depuis quelques temps les efforts réalisés par le monde occidental pour endiguer la crise économique en Asie sont significatifs et positifs dans le sens où ils découlent d’une réelle concertation et d’une même volonté de trouver des solutions bénéfiques pour chacun.

Comment cela aurait-il pu en être autrement ?

Les Etats Unis, de leur côté, ne voulant en aucun cas se perdre dans une action isolée où semble t-il, il y aurait plus à y laisser qu’à y gagner, et les européens farouchement accrochés à leurs espoirs de reprise et terriblement inquiets de voir la crise s’exporter vers leurs contrées devenues vulnérables au moindre mouvement financier.

Néanmoins, il est à noter que les USA, étant donné leur situation de partenaire privilégié de l’Asie, sont plus que l’Europe, exposés au retentissement de la crise. Les exportations et les engagements financiers américains vers les pays du soleil levant sont depuis 50 ans colossaux et personne ne souhaite que les investissements réalisés se noient dans les torrents des bourses asiatiques.

De son côté l’Europe n’a de cesse d’espérer que la croissance américaine perdurera pour soutenir son redressement et ne peut en aucun cas se laisser entraîner par un effet boomerang dans le cycle infernal d’une destabilisation monétaire pendant que l’Euro se met en place. Les équilibres politiques dans les pays de la CEE sont encore très fragiles ; un redressement économique franc et marqué leur permettrait de renouer avec une consolidation populaire, mais le moindre faux pas entraînerait alors des dérives idéologiques qui, à ne pas en douter, brouilleraient bon nombre de cartes et positionneraient certains pays vers le renoncement mondialiste et le repli sur soi.

Par conséquent, la situation asiatique s’inscrit pour l’Europe comme l’une des principales préoccupations touchant à sa stabilité : sur le plan économique évidemment mais aussi sur le plan politique.


 
Coupe du Monde 98
LE PRIX DU REVE
Par Lorenzo GRASSI
 
Comme tout événement planétaire, la coupe du monde de football engendre dans l’hexagone français des commentaires sur son oppor-tunité et sa légitimité.

Si en France, la plupart des individus se sentent fiers et impliqués dans l’organisation d’une telle fête, il est à noter que le réflexe du souci de la dépense revient très naturellement.

A l’heure actuelle, il est difficile de connaître les prévisions économiques et le coût de la coupe du monde et l’on préfère parler pour l’instant de ses enjeux sportifs.

Néanmoins, les premiers discours circonspects et interrogatifs proviennent essentiellement des communes accueillant les équipes engagées dans la compétition.

En effet, de magnifiques et gigantesques infrastructures s’élèvent dans les campagnes de France ; des stades jusqu’alors démunis du moindre gradin se voient offrir des tribunes allant jusqu’ à contenir 10 000 places tout simplement pour accueillir les supporters fidèles lors des entraînements des champions, des restaurants de plusieurs centaines de mètres carré voient le jour sans que personne ne sache ce qu’ils deviendront dans trois mois et dans certaines régions, notamment autour de Paris, ce sont des hôtels de luxe qui sont érigés, des piscines, des parkings, qui espérons le, ne deviendront pas de larges déserts après la finale tant attendue.

L’événement représente une telle vitrine publicitaire pour le pays organisateur que peu de responsables regardent à la dépense. Il est vrai que l’on compte énormément sur les recettes des droits télévisuels et des retombées touristiques pour équilibrer le budget et dépasser les espérances en matière de bénéfices.

Mais qui devra payer l’entretien et le fonctionnement d’infrastructures créés seulement pour l’occasion ?

La France d’aujourd’hui a-t-elle vraiment les moyens financiers de produire dans les conditions dans lesquelles elle a choisi de le faire, une telle manifestation ?

Combien d’emplois aurait-on pu financer avec le simple coût du stade de France ?

Combien de familles mal logées aurait-on pu accueillir avec le coût global de l’événement ?

Ces questions certes faciles se doivent d’être posées !

S’il est possible de se passionner pour le tournoi qui débutera maintenant dans un peu moins de deux mois, il est néanmoins nécessaire de reconnaître que les autorités françaises font preuve d’un manque de réalisme et de tact vis vis de leurs concitoyens les plus démunis.

Bien évidemment, la France n’est pas le Mexique qui, pourtant en 1986, avait accueilli la coupe du Monde alors que les banques mondiales avaient placé le pays en état de faillite. Mais n’oublions pas que la France ne cesse de s’honorer de ses principes constitutionnels et qu’il ne faudrait pas que la coupe du Monde de football, qui reste avant tout une fête, fasse oublier les vertus de la solidarité nationale.


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