Entretien avec M. Eric Descotes-Genon, directeur de l’Alliance française
UN RELAIS CULTUREL FRANCOPHONE
Propos recueillis par Patrick et Printemps WAL

 

Aujourd’hui, laissons-nous aller à la découverte, d’abord celle de l’histoire des Alliances Françaises de part le monde, puis celle de Phuket, lieu neutre d’expression culturelle des francophiles, en écoutant son directeur Eric Descotes-Genon.

Oui, il faut dire brièvement ce qu’est l’Alliance Française, car beaucoup l’ignorent. On nous prend pour un service public. L’Alliance n’est pas une institution gouvernementale, c’est une association privée à but non lucratif. Elle a été fondée en 1883 par des hommes désireux de diffuser la langue et la culture française à l’Étranger.

Une Alliance est d’abord une association créée localement par des personnes qui souhaitent l’existence d’une «structure», d’enseignement en général, un relais effectivement francophone à l’enseignement scolaire. Souvent, c’était le désir de francophones isolés de fonder un club où se réunir, lire des journaux, accueillir des conférences... Télévision, satellites, perte des habitudes de lecture, disparition de toute une tradition culturelle... font de la conférence un genre obsolète et de ces clubs nostalgiques une espèce en voie de disparition ; ce qui est dommage. Cette association soumet à l’Alliance de Paris son désir d’être affiliée, et entretient désormais un lien «familial» avec la maison mère qui lui apporte une aide, selon son importance, selon aussi les disponibilités.

Cette structure originale et très souple a facilité la création du plus important réseau de centres culturels dans le monde : il existe plus de 1000 Alliances implantées dans 133 pays, enseignant à 360 000 étudiants. Dans chacun des pays où elle est implantée, l’Alliance est soumise au droit local. L’Alliance de Bangkok est une institution thaïlandaise, celle de Madras est indienne, etc…cette particularité a permis aux Alliances de se maintenir dans des pays alors même que les relations avec la France étaient difficiles, voire rompues. Cela explique, enfin, la vocation différente de chaque Alliance : certaines sont de véritables écoles, d’autres des centres culturels qui n’enseignent pas. Il y en a même une, à Pondichéry, où le français langue étrangère est enseigné à des français, par des professeurs qui ne le sont pas !

L’Etat subventionne l’Alliance de deux manières : par une subvention annuelle et, pour certaines grosses Alliances, par l’envoi de professeurs qu’il paye, les autres étant rémunérés par l’association locale.

Maintenant, on peut parler de l’Alliance Française de Phuket.

Elle a été créée en 1988. Le principe de cette création a été adopté lors d’un repas chez M. Jean BOULBET, alors Consul Honoraire de France, réunissant l’Ambassadeur de France, le Conseiller Culturel, Gérard ANDRÉ, ancien Ambassadeur de France, M. Louis BRONNER, alors directeur du Phuket Yacht Club (actuellement directeur du Boathouse) ; le besoin se faisait sentir d’enseigner notre langue au niveau universitaire et dans les hôtels.

Étant une filiale de l’Alliance de Bangkok, l’Alliance de Phuket n’a pas de comité ; mais elle revendique son propre président, M. Jean BOULBET, dont le soutien et l’autorité intellectuelle et morale lui ont toujours été très précieux. Elle reçoit une subvention très modeste qui lui permet à peine de payer le loyer. Les frais de fonctionnement et les salaires sont payés par les recettes propres de l’Alliance.

Quelles sont ses activités ?

En bloc, nous proposons :

- des cours de français, pour adultes et enfants, nous enseignons le français dans des hôtels, à l’Université et dans les locaux de l’Alliance à 180 étudiants (en 1997). Le cours pour enfants est plus particulièrement destiné aux enfants de couples mixtes, qui n’ont parfois qu’une connaissance très superficielle du français,

  • des cours de thaï, donnés par un professeur thaï francophone, dûment diplômé.

  • des traductions (agréées par l’Ambassade),

  • une bibliothèque riche de plus de 2000 volumes,

  • une vidéothèque, de plus de 1500 films,

  • un atelier cuisine à partir du 31 octobre.

L’Alliance a aussi proposé, en 97 et 98, un concert de piano au Boathouse et un concert de Jazz au Phuket Yacht Club. Il s’agit d’opérations très onéreuses qui ne pourront se renouveler qu’exceptionnel-lement. Une exposition d’aquarelles, qui ont été vendues dès les deux premiers jours. Une exposition de photographies est actuellement en préparation en association avec la galerie Le Loft.

Avez-vous de nouvelles perspectives pour avoir plus de soutien de la part des résidents francophones ? Y aura-t-il une fête à l’Alliance Française, à part le 14 juillet ?

Si je comprends bien : que faisons nous pour les francophones ? D’abord, nous voudrions faire au mieux ce que nous ne pouvons faire actuellement, dans les conditions qui prévalent, plutôt qu’artificiellement inventer des activités dont on ne sait pas si elles correspondent aux vœux des adhérents.

Excusez-moi pour le paradoxe : ce que nous faisons pour les francophones, c’est d’abord d’enseigner le français à des étrangers. On parle d’activités culturelles, on ne dit jamais qu’enseigner, faire aimer notre langue, n’est pas qu’une activité scolaire routinière, c’est une activité éminemment culturelle, riche de conséquences, c’est constituer un groupe d’amis de la France, et aussi d’adhérents. Un étudiant qui aime le français choisira français. A Kuala-Lumpur, quelques étudiants se démarquaient des autres en arrivant dans leur Peugeot. A l’Université, nous avons doublé le nombre de nos étudiants, qui choisissaient auparavant d’autres langues. Nous en sommes fiers. Dispenser un enseignement de qualité demande beaucoup d’énergie et de travail, de temps ; et c’est de cela que nous vivons.

Quoi d’autre ? Lire un livre - emprunté à l’Alliance, bien sûr - ne me semble pas moins être un acte culturel que de visiter une exposition. Pour 600 bahts, - 85 francs ! -, on peut lire à satiété pendant un an ! et aussi voir des films.

Reste que l’Alliance n’est pas le lieu convivial francophone que tout la destinerait à être. La communauté française est diverse, éparpillée, individualiste. Existe-t-il un consensus pour souhaiter une fête? j’entends bien, pas une fête comme ça, tombant du ciel et financée par je ne sais quel dieu… Une fête organisée par les membres, qui serait, pour reprendre la formulation de votre première question, «l’expression culturelle des francophones» …Cet unanimisme existe-t-il ? ou y a-t-il autant d’expressions que de membres…?

Nous rêvons pourtant d’un local où quelque chose serait possible, où, dans une cafétéria sympathique, on se donnerait rendez-vous. Où les francophones feraient effectivement connaissance. Les choses commencent là. Nous pensons même, de plus en plus, que c’est réalisable.


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